Accusé de viols, le Dr Daniel Fouchard a été innocenté par l'Ordre en 2002. A 59 ans, le médecin de campagne livre, pour la première fois, son réquisitoire contre l'institution qui a brisé sa carrière.

Propos recueillis par Estelle Saget et publiés le 30/11/2006 par l' Express

Votre affaire pouvait-elle prendre une tournure différente?

Je n'aurais pas perdu mon cabinet et accumulé 200 000 euros de dettes si les membres du conseil de la Mayenne, le département où j'exerçais, s'étaient posé les bonnes questions. Quand mes confrères ont reçu les lettres de dénonciation, ils ne se sont pas interrogés sur leur incohérence. Pourquoi un patient sur lequel j'aurais pratiqué une fellation serait-il revenu plusieurs fois me consulter? Je n'ai même pas été confronté à mes accusateurs pendant l'instruction.

Mais l'audience aurait dû corriger le tir?

Au contraire. Les médecins qui siégeaient au conseil des Pays de la Loire étaient tétanisés par la gravité des faits reprochés. Ils se sont laissé impressionner par l'accumulation des plaintes, quatre en tout. Au point d'oublier que leurs auteurs étaient tous d'une moralité douteuse! L'un avait été condamné pour inceste sur sa sœur handicapée. Un autre a été reconnu pédophile incestueux. Aux derniers, j'avais dû refuser des certificats de complaisance. J'ai pourtant été radié, avant d'être blanchi en appel par le Conseil national.

L'Ordre a-t-il failli en tant qu'institution?

Il a la réputation, vraie ou fausse, d'étouffer les affaires qui pourraient ternir l'image de la profession. Donc il s'en défend, répétant sur tous les tons: l'Ordre ne protège pas les brebis galeuses. Avec le risque de provoquer des excès de zèle chez les conseillers de base. Quand les calomnies ont commencé à Landivy, où j'habitais, mes confrères du conseil départemental m'ont dissuadé de me défendre. Sans doute pensaient-ils être tombés sur la fameuse brebis galeuse! Ils ont alors cherché une solution charitable. Et ils ont trouvé... l'expertise psychiatrique. Dans leur esprit, j'aurais pu être déclaré fou et toucher une petite pension en attendant la retraite. Seulement, j'étais sain d'esprit, comme l'expert a pu le vérifier.

Quel dysfonctionnement vous paraît le plus grave?

Mon affaire s'est révélée être une conjonction de faux témoignages orchestrés par un autre généraliste (1). Or l'Ordre est bien placé pour savoir que les médecins sont féroces entre eux. Ses conseils départementaux reçoivent toute l'année des plaintes pour détournement de clientèle ou attitude anti-confraternelle. L'hypothèse retenue par le Conseil national aurait dû être évoquée dès le début.

(1) L'intéressé a contesté cette version lors de l'audience du conseil de Poitou-Charentes, le 11 octobre 2006.