Lyc_ens_M_conDans le public, le silence est total, l'ambiance tendue à l'heure du dénouement. Une mère, une sœur d'accusés pleurent depuis quelques minutes, déstabilisées par les mines sombres des jurés.


A la question sur la culpabilité de viol par les six accusés pour laquelle ils avaient été condamnés de un à trois ans de prison ferme l'an dernier à Chalon, la réponse est NON.  Sur son banc, Marjorie Condemine, 37 ans a compris. Elle se cache le visage derrière son foulard. Et Marjorie Condemine est pour la seconde fois déboutée dans un procès d'assises où elle se présente en victime de viol (Première fois en 1993).

 

Tous les accusés et leurs familles  exultent  à la décision d'acquittement général pour les faits de viol.
Si bien que le président doit se fâcher pour ramener le calme.

 Le silence revient, les sourires demeurent. Longtemps. «On a souffert avec cette histoire» rappelle Jillali El Hilaoui. «Nous avons toujours clamé notre innocence. La justice a fait son boulot, on la remercie, ils ont trouvé la vérité.» Anis Snatah se réjouit aussi de parvenir au bout du tunnel: «Le cauchemar est fini, je peux enfin faire ma vie. Je travaillais mais j'ai perdu mon emploi à cause du précédent jugement. Maintenant, je vais enfin vivre...»

Une «tournante sauvage» peu crédible


Le matin , Me Doyez avait rappelé les jurés aux valeurs d'une démocratie dont la justice est un pilier. Me Lafarge avait enchaîné: «Ici on parle de choses sérieuses, de la vie de ces garçons. On n'est pas au Bilboquet, on ne joue pas au bonneteau.» C'était sa façon de dire que pour condamner les six lycéens, par exemple entre 8 et 12 ans de prison comme l'avait requis mercredi l'avocate générale Martin-Lécuyer, il faut des preuves solides et plus de vraisemblance.

 

«Le viol du 15 janvier 2004 avec trois fellations et quatre sodomies, c'est une tournante sauvage de 3ème sous-sol de parking à 2 heures du matin, pas un viol aux toilettes d'un lycée à une heure d'affluence! Personne n'a entendu un cri, pas un gémissement, personne n'a vu une larme...»

 

Et pas un vêtement taché à analyser, pas de constat médical, ce qui étonne de la part d'une femme qui fut déjà partie civile d'un procès pour viol en 1993. Et déjà vaincue par le manque de crédibilité de sa thèse. Cette affaire avait entraîné la mise en détention provisoire d'un enseignant pendant deux ans, avant que son innocence ne soit reconnue, rapporte France Info. «Si on ne l'arrête pas, elle en accusera d'autres» avait osé mercredi Me Noachovitch, défenseure des frères Snatah. Elle s'appuie sur une autre agression sexuelle révélée par Marjorie en 2006, classée sans suite.

 

Très solidaires dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense sont aussi parvenus à remonter leur principal handicap, les «aveux» d’un accusé, obtenus sous la contrainte au milieu d'un interrogatoire sous influence selon Me Lafarge très énervé par la façon de faire du commissariat de Mâcon.

 

Les avocats ont également vertement critiqué le zèle du proviseur de Dumaine à constituer lui-même le groupe des supposés agresseurs de Marjorie Condemine en choisissant les élèves perturbateurs pour les soumettre à sa subordonnée. Tel n'est pas une garantie d'enquête neutre selon la défense.

 

Enfin, si Marjorie Condemine avait affiché de la constance dans ses déclarations à défaut de précision suffisante, l'expert-psychiatre ne la prenant d'ailleurs pas pour une affabulatrice, les conseils des accusés ont plusieurs fois pointé les carences de l'enquête: pas de reconstitution notamment aux toilettes du lycée, pas de recherche de lycéen éventuellement témoin.

 

Dans ces conditions, c'est le bon sens qui l'a emporté jeudi: on ne condamne pas sur des éléments si fragiles.

 

Thierry Dromard du Journal de Saône et Loire

 

 

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