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Le 16 août 2018, le père de famille de 30 ans, séparé de son ex-épouse, est placé en garde à vue. Le major D., qui pilote l’enquête, lui apprend que sa femme a porté plainte contre lui pour viols, ce qu’il conteste catégoriquement. Le 18 août 2018, l'homme est mis en examen par un juge d’instruction de Senlis (Oise) pour viols par conjoint et placé sous contrôle judiciaire et la garde de son fils de 10 ans est confiée à sa mère.

Mais des soupçons sur la partialité du major D. apparaissent rapidement. Car le 22 août, après avoir constaté la détresse psychologique de son fils, le père de famille constate que ce dernier se plaint de mauvais traitements en révèlant que sa mère a un nouvel amoureux… policier. Devant les gendarmes, l'enfant explique que le policier en question occupe un poste hiérarchique à Creil et donne un prénom qui correspond à celui du major D.

Auditionné par le juge d’instruction en novembre, l'enfant identifie le gradé sur photo qui n'est autre que l'enquêteur qui a géré de bout en bout la garde à vue du père et qui est le nouveau compagnon de sa mère ! Le parquet de Senlis ouvre une enquête préliminaire, confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), qui sera ensuite délocalisée à Amiens.

Dénonçant « l’absence d’impartialité » du policier, Me Maxime Gallier, l’avocat du père, saisit la cour d’appel d’Amiens d’une requête en nullité dès septembre pour les accusations de viols dont son client fait l’objet. L’arrêt, rendu le 26 février 2019 par la chambre de l’instruction, accable l’enquêteur.

Considérant que le major D. ne présentait pas « toutes les garanties d’impartialité et d’objectivité qui s’imposent » et que « l’enquête ainsi conduite a eu pour effet de compromettre l’équilibre des droits des parties », la cour d’appel annule purement et simplement toute la procédure. L'homme de 30 ans est totalement réhabilité.

Mi-mars, le major et un autre gradé du commissariat de police de Creil (Oise) ont été mis en examen à Amiens (Somme) pour « faux en écriture publique par agent dépositaire de l’autorité publique », une qualification criminelle passible de la cour d’assises. L'homme accusé a été totalement blanchi tandis que son ex-femme a, elle, été mise en examen pour dénonciation calomnieuse. « J’en veux beaucoup plus aux policiers qu’à mon ex, poursuit-il. L’enquêteur qui a monté ce coup fourré avait un intérêt à se débarrasser de moi. »

Afin de faire valoir ses droits, le père de famille s’est constitué partie civile dans l’instruction ouverte à Amiens. Il est épaulé par l’association de défense des justiciables Robin des lois, qui entend elle aussi se constituer dans le dossier. « Cette affaire de Creil montre ici de manière caricaturale les dérives de certains shérifs locaux qu’il faut mieux contrôler. »

Mais le calvaire se poursuit dans la vie quotidienne pour le père de famille qui a la très désagréable sensation que sa réhabilitation judiciaire n’a pas mis fin à ses ennuis. « Je subis le harcèlement quasi quotidien des anciens collègues du policier mis en examen," dénonce-t-il en exhibant plusieurs contraventions routières récentes dont il conteste le bien-fondé.