12/03/14

804 - Etats-Unis : Innocenté après avoir passé 29 ans dans les couloirs de la mort en Louisiane

Glenn Ford

Glenn Ford avait été reconnu coupable du meurtre d'un bijoutier de Louisiane en 1983 jusqu'à ce qu'un témoignage incriminant le bon tireur parvienne aux policiers fin 2013.

Il a le triste honneur d'être le détenu à avoir passé le plus de temps dans les couloirs de la mort des prisons américaines. Après avoir passé 29 ans dans un pénitencier de Louisiane à attendre son exécution, Glenn Ford a été libéré mardi 11 mars 2014. Un témoignage inédit recueilli fin 2013 par la police a permis de disculper cet Afro-Américain de 64 ans qui avait en vain clamé son innocence pendant 30 ans.

Originaire de Californie, Glenn Ford était venu en Louisiane pour démarrer une nouvelle vie. Il faisait des petits boulots de jardinage et de rangement pour un horloger-bijoutier de Shreveport, Isadore Rozeman. Mais le 5 novembre 1983, au cours d'un braquage, Isadore Rozeman est abattu à son comptoir. Les enquêteurs découvrent que Glenn Ford était dans le secteur du magasin au moment du crime. Autre élément qui impressionne défavorablement, lorsqu'il est interpellé, il est retrouvé en possession de biens volés dans le magasin de la victime.

Lorsque s'ouvre le procès pour homicide en 1984, Glenn Ford fait partie des suspects principaux du crime au côté de George Starks, Henry et Jake Robinson. Glenn Ford accuse les frères Robinson du meurtre mais ceux-ci se prévalent de leur droit constitutionnel de rester silencieux et refusent de s'exprimer sur l'affaire. Des témoignages rapportant les tentatives de Glenn Ford de vendre un fusil du même calibre que celui de l'arme du crime pèsent lourd dans la balance.

À cela s'ajoutent des avocats inexpérimentés et la rétention inexpliquée de plusieurs éléments à décharge dont un rapport de police spécifiant l'heure du meurtre et apportant des précisions sur l'arme du crime. Un jury composé entièrement de membres blancs condamne Glenn Ford à mort et rejette les charges retenues contre les autres accusés.

Derrière les barreaux, Glenn Ford multiplie en vain les appels.

Finalement le témoignage qui va l'innocenter arrive sur le bureau des policiers en 2013. Une source, interrogée dans une affaire de meurtre complètement distincte du dossier Isadore Rozeman, identifie Jake Robinson comme celui ayant tiré sur le bijoutier. Cet informateur aurait entendu l'homme s'accuser du meurtre. Les autorités judiciaires n'ont pas fourni plus de détails mais ont déclaré que si ce témoignage avait été connu à l'époque des faits, Glenn Ford n'aurait jamais été arrêté. «Une enquête sur les individus impliqués dans l'assassinat d'Isadore Rozeman a été ouverte», a confirmé le procureur, «ils sont également suspectés d'avoir joué un rôle dans d'autres homicides».

À sa sortie de prison, Glenn Ford s'est dit heureux mais aussi aigri par ses années d'incarcération qui l'ont privé de ses fils qu'il n'a pas vu grandir. Actuellement 83 hommes et deux femmes attendent d'être exécutés dans les prisons de Louisiane.

Selon la réglementation de Louisiane Glenn Ford pourrait n'être indemnisé qu'à hauteur de 270 000 dollars !

 

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22/09/11

803 - Troy Davis a été exécuté !

Troy DavisAprès un report de dernière minute, l'Américain Troy Davis, qui a suscité une forte mobilisation, est mort à 23 H 08 (05h08 (heure française) le jeudi 22 septembre 2011) à l'intérieur du pénitencier de Jackson en Géorgie.

Condamné à mort en 1991 pour le meurtre d'un policier blanc, cet Américain avait fait l'objet d' une intense mobilisation internationale , des doutes planant sur sa culpabilité. Mais la Cour suprême des Etats-Unis a rejeté mercredi un ultime recours de ses avocats, ouvrant la voie à son exécution. Jusqu'au bout, il avait clamé son innocence, notamment face à la veuve du policier tué.

Plusieurs témoins ont assisté à son exécution. Un témoin a raconté la scène au micro d'Europe 1. "Il a demandé à sa famille et à ses amis de continuer à prier, à travailler et de garder la foi", a-t-il rapporté. Ses derniers mots ont été pour le personnel pénitencier, à qui il a adressé : "Que Dieu ait pitié de vos âmes". "Puis il a baissé la tête, le processus s'est enclenché et 15 minutes plus tard c'était la fin", a décrit le témoin.

Un ultime recours rejeté

Les centaines de manifestants présents à l'extérieur de la prison ont accueilli la nouvelle dans un profond abattement après avoir espéré pendant des heures un improbable geste de la plus haute juridiction du pays. Saisie en dernier recours après une tentative infructueuse à la Cour suprême de l'Etat de Géorgie, la Cour suprême des Etats-Unis avait en effet interrompu le processus mercredi soir. Mais cet ultime recours utilisé par ses avocats n'a pas suffi. La Cour suprême des Etats-Unis ayant finalement rejeté l'ultime recours.

Depuis sa condamnation à mort en 1991 pour le meurtre d'un policier blanc, Troy Davis avait échappé à trois exécutions grâce à de multiples recours judiciaires. Au point de devenir un symbole de la lutte contre la peine de mort. Cet Afro-américain, quadragénaire, a toujours clamé son innocence.

La France réaffirme son opposition à la peine de mort

La France a officiellement déploré jeudi l'exécution de Troy Davis, et réaffirmé son opposition à la peine de mort. "Nous déplorons vivement que les nombreux appels à la clémence n'aient pas été entendus", indique un porte-parole du ministre des Affaires étrangères et européennes dans un communiqué. "La France réaffirme son opposition à la peine de mort, quels que soient les lieux et les circonstances", poursuit le texte. "Elle rappelle que toute erreur judiciaire dans son application est irréversible".

De son côté, Amnesty International France a appelé à poursuivre le combat pour l’abolition universelle de la peine de mort. "Aujourd’hui, la Géorgie n’a pas seulement tué Troy Davis, elle a aussi tué la confiance de tous les soutiens de Troy, à travers le monde, dans le système judiciaire aux Etats-Unis", a déclaré Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France.

"Une tache sur la justice des Etats-Unis"

Ces derniers jours, de nombreuses personnalités du monde entier étaient montées au créneau pour que l'exécution n'ait pas lieu, en tête desquels Benoît XVI. La France, par le ministère des Affaires étrangères, dit avoir "regretté vivement le refus du comité des grâces".

Aux Etats-Unis, l'ancien président Jimmy Carter ou l'actrice Susan Sarandon avaient aussi pris position pour l'accusé.

 
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18/09/11

802- Va-t-on exécuter un innocent aux Etats-Unis ?

Son exécution par injection létale est programmée mercredi 21 septembre 2011. Troy Davis, en prison depuis 20 ans, ne pourra échapper à la peine capitale que si le comité des grâces de Georgie, qui se réunit en ce moment, accepte de commuer sa peine en prison à vie.

En quelques années, Troy Davis est devenu le symbole international de la lutte contre la peine de mort. Agé de 42 ans, dont vingt passés dans le couloir de la mort en Georgie, Troy Davis est présenté par de nombreuses personnalités comme un cas emblématique. Condamné à mort pour meurtre en 1989, il continue de clamer son innocence .

Sept témoins sur neuf se sont rétractés

Le 19 août 1989, Mark MacPhail, un policier de 27 ans avait été abattu à bout portant dans une rue de Savannah , en Georgie, alors qu'il tentait de venir en aide à un SDF maltraité. Arrêté au lendemain des faits, Troy Davis a été condamné en 1991 lors d'un procès au cours duquel lequel il a toujours exprimé son innocence.

Au moment des faits, neuf témoins avaient désigné Troy Davis comme l'auteur du coup de feu mais l'arme du crime n'a jamais été retrouvée et aucune empreinte digitale ou ADN n'a été relevée. Depuis, sept témoins sont revenus sur leurs déclarations, dont certains ont désigné un autre tireur.

En 2008, l’exécution est suspendue deux heures avant l’horaire

A trois reprises déjà, Troy Davis a vu une date programmée pour son passage sur la chaise électrique. Différents recours lui ont ainsi en juillet 2007, septembre et octobre 2008 de retarder l’échéance. Cette dernière fois, il n’avait appris la suspension de son exécution que deux heures avant l’horaire prévu.

Pendant des années, les protestations de Troy Davis n'ont pas eu d'écho. Jusqu'à ce que sa soeur aînée Martina, qui s'est dévouée sans relâche pour défendre sa cause, ne s'émeuve de son cas auprès d' Amnesty International . L’organisation a alors médiatisé son cas, obtenant le so, et continue de militer pour obtenir sa grâce. Un cas de figure rare : depuis 1973, 138 condamnés à mort ont échappé à la peine capitale. Ce qui représente 2% de l’ensemble des condamnés à mort.

Une pétition de 663.000 signatures pour la grâce

Les nombreux soutiens de Troy Davis, parmi lesquels se trouvent notamment Jimmy Carter, le Pape Benoît XVI ou l'actrice Susan Sarandon, ont tout mis en œuvre pour faire pression sur le comité des grâces. Une pétition réunissant plus de 663.000 signatures réclamant la grâce de Davis lui a été remise la semaine dernière.

Pour Laura Moye, directrice de la campagne pour l'abolition de la peine de mort à Amnesty international, "il y a trop de doutes dans cette affaire". Avec cette interrogation en toile de fond : "est-on sûr que nous n'allons pas exécuter un innocent ?".

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04/09/09

801 - Le Texas accusé d'avoir exécuté un innocent

627420_willinghamUn rapport révèle que Todd Willingham, exécuté en 2004, n'est en réalité pas responsable de l'incendie de sa maison dans lequel ses trois filles ont péri. Aucun Etat américain n'a jusqu'à présent reconnu avoir commis une telle erreur.

 

 «Un rapport ravageur, le genre de révélation qui devrait bouleverser toute conscience», écrit le New York Times. Tout porte en effet à croire aujourd'hui que Todd Willingham, exécuté en 2004 au Texas pour avoir incendié sa maison et ainsi tué ses trois filles, était en réalité innocent. Un spécialiste américain reconnu des scènes d'incendie a transmis en août à la commission d'éthique texane un rapport détaillé dans lequel il conclut que le feu était d'origine accidentelle. La commission devra rendre prochainement ses conclusions. L'histoire de Todd Willingham pourrait constituer une première : jamais aucun Etat américain n'a officiellement reconnu avoir commis une erreur en matière d'exécution.

 

C'est en 1992 que Todd Willingham, alors âgé de 24 ans, est condamné à mort pour cet incendie survenu un an plus tôt. Le jury se range à l'époque derrière l'avis d'un rapport d'experts locaux, qui assure que l'homme a lui-même mis le feu à son domicile. Pendant douze ans, depuis sa cellule, Todd Willingham n'a de cesse de crier son innocence. Soutenu par plusieurs associations, son affaire ne sera pourtant jamais réétudiée par la justice. En 2004, il est exécuté par injection létale.

 

Pas d'investigation scientifique

 

Le rapport transmis en août dernier à la commission texane par un spécialiste des incendies vient donc jeter un pavé dans la mare. D'autant que ses conclusions rejoignent celles de deux autres spécialistes, qui avaient déjà enquêté en 2004 et 2006. Tous sont unanimes : l'expertise de l'époque «ne repose sur rien d'autre qu'une accumulation de croyances personnelles, qui n'ont rien à voir avec une investigation scientifique des scènes d'incendie».

 

Un avis partagé par le New Yorker, qui, dans son édition de cette semaine, explique que cette affaire contient tous les ingrédients classiques de l'erreur judiciaire : absence de contre-expertise, expert-psychiatre décrivant un «sociopathe très dangereux» sans l'avoir jamais rencontré, témoins modifiant leur témoignage en faveur de l'accusation, avocats commis d'office incompétents... Les conclusions du journal sont accablantes pour la justice américaine.

 

Un espoir pour Troy Davis ?

 

Les abolitionnistes sont aussitôt montés au créneau. Si l'innocence du défunt est officiellement établie par la commission, le cas de Todd Willingham illustrerait «le plus grand dilemme de notre pays sur la peine de mort», estime Rick Halperin, président d'une association texane contre la peine de mort. «Sommes-nous prêts ou pas à garder ce système en sachant que des innocents vont être déclarés coupables et exécutés ?»

 

Une question qui a une résonance toute particulière au moment où Troy Davis, un Noir condamné pour le meurtre d'un policier blanc, crie son innocence dans le couloir de la mort en Géorgie. Après avoir échappé à trois exécutions prévues, il a obtenu en août de la Cour suprême qu'un tribunal examine de nouveaux éléments le disculpant.

 

Mais, aussi accablant que soit le cas de Todd Willingham pour les partisans de la peine de mort, les choses pourraient ne pas être si aisées pour les abolitionnistes : dans une récente décision, deux juges de la Cour suprême ont affirmé que l'exécution d'un homme ayant prouvé son innocence restait «valable» dans la mesure où il a bénéficié "d'un procès juste et équitable".

 

Observation:   Dans la justice, le ridicule n'a jamais tué les juges ! Hélas !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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