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Accusé à tort de viol en 1977, Lawrence McKinney a été libéré en 2009… avec un chèque de réparation de 75 dollars. Aujourd’hui, il demande que justice soit faite.

Tout commence à Memphis, en octobre 1977, lorsqu’une femme se retrouve victime d’un viol commis par deux cambrioleurs. Plus tard, la victime identifiera l’un d’eux comme étant Lawrence McKinney, un voisin, âgé de 22 ans à l’époque des faits. En 1978, le jeune homme est condamné pour viol et cambriolage à 115 années de prison.

En 2008 cependant, coup de théâtre : les avancées en matière d’expertises ADN permettent d’innocenter définitivement Lawrence. L’année d’après, ce dernier retrouve la liberté. Mais celle-ci a un goût amer : pour recommencer sa vie après 30 ans injustement passés derrière les barreaux, le département américain responsable des services correctionnels lui a remis un chèque de 75 dollars alors que le préjudice peut être évalué à plus d'un million de dollars.

Comble du malheur, Lawrence explique : “Comme je n’avais pas de carte d’identité, ça m’a pris trois mois pour pouvoir encaisser le chèque”. Aujourd’hui âgé de 61 ans, cette victime du système judiciaire espère bien toucher un dédommagement à la hauteur du préjudice subi. “J’ai passé la moitié de ma vie enfermé pour un crime que je n’avais pas commis, explique-t-il, je ne suis pas en colère après qui que ce soit car j’ai trouvé le Seigneur et épousé une femme géniale. Mais ce que je demande c’est d’être traité de manière juste au regard de ce que j’ai traversé”.

Lawrence McKinney a été suivi et aidé juridiquement par Innocence Project, une ONG qui aide les personnes incarcérées potentiellement innocentes. Son histoire a été racontée dans The Tennessean en septembre et dernièrement sur CNN.

Ses avocats ont tenté récemment de faire valoir les droits de l’ancien prisonnier devant le comité de probation du Tennessee et obtenir une « absolution » de la part des pouvoirs publics, qui serait synonyme d’une compensation financière.

L’avis unanime de ce comité a été de dire que les preuves qui ont innocenté Lawrence McKinney n’étaient pas, à leurs yeux, assez convaincantes pour mériter une compensation plus importante. Le fait qu’il ait été impliqué dans 97 « incidents » derrière les barreaux, et qu’il ait avoué être entré par effraction chez la victime à la fin de sa peine, a été retenu contre lui. Ses avocats ont répondu que l’aveu avait été fait dans sa 28e année de prison, sur leur conseil, en espérant une réduction de peine. Quant aux nombreux « incidents », l’intéressé les a reconnus, disant devant le comité qu’en prison « seuls les forts survivent ».

L’« absolution » que demande Lawrence McKinney dépend désormais du gouverneur du Tennessee, qui peut ne pas tenir compte de l’avis consultatif du comité. Le Tennessee est un des 29 Etats américains (plus le District de Columbia) qui prévoient une compensation financière pour les personnes incarcérées injustement. Vu la longueur de sa peine, il pourrait avoir droit à une somme d’un million de dollars, rien à voir avec les 75 dollars qu’on lui a accordés.

1 943 personnes ont été innocentées du crime pour lequel elles avaient été condamnées depuis 1989 aux Etats-Unis, selon le National Registry of Exonerations.